Et si on cultivait le lien?
- Patricia Ferrante
- 8 juil.
- 3 min de lecture
Le processus de deuil est souvent comparé aux saisons. Une analogie « bateau » me direz-vous. Oui, et pourtant…
En hiver, le lien au défunt est gelé. Froid, brut, douloureux. Il serre le cœur, il coupe le souffle. Il est manque et silence assourdissant.
Puis vient le printemps, le dégel plus ou moins tardif, la vie qui se remet timidement en mouvement. Le lien qui se rappelle à nous dans un questionnement plus ou moins conscient : et maintenant ?
Arrive l’été. Là où tout mûrit. Là où le lien se pare d’autres formes, d’autres couleurs. Il devient autre. Un autre que nous n’avons pas choisi et que nous pouvons commencer à apprivoiser, à laisser éclore.
A l’automne, il est plus ancré, n’a plus besoin de paraître. Il peut s’alléger des feuilles inutiles. Il brille par sa présence. Silencieuse. Mais puissante. Il nous habite, devient force, racine, complice invisible.
Il y a des terres où l’hiver est long, certaines où les saisons se ressemblent, d’autres où elles tranchent. Toutes ces terres vivent le chao climatique, les oscillations météo, les dérèglements, quelle que soit la saison. Et les cycles se succèdent, toujours différents, imprévisibles.
C’est ça le lien continu avec son proche.
Une mue chaotique de l’extérieur vers l’intérieur. A l’inverse de celles que nous connaissons.
Il change, devient plus intime, plus subtil. Intérieur. Et vivant.Il est celui qui se cultive autrement.
Spontanément, intuitivement, lorsque c’est le moment. En parlant à son père comme s’il était là.En cuisinant la recette d’une grand-mère aimée.En demandant conseil à une mère disparue. Comme en témoigne Danièlle et isabelle.
En déployant un talent légué par son proche comme le partage Mélanie qui, comme son père, perçoit « au-delà » des apparences.
En sentant, comme moi, une présence protectrice, apaisée et apaisante.
C’est ce lien qui nous s’installe en nous, à pas de velours et après maintes détours.
Celui qui nous rend plus vivant sans nous enfermer, qui nous porte sans nous emporter.
Celui qui nous inscrit dans une histoire. Qui nourrit un sentiment d’appartenance. Qui nous fait nous sentir entier.e.
Dans certaines cultures, on le sait depuis toujours.Au Japon, au Mexique, ailleurs et chez les Mapuches (Chili, Argentine) on continue de vivre avec les morts.
Parce que la mort n'est pas une fin mais un PASSAGE.
On garde le lien avec ses morts et ses ancêtres.
Chacun à sa place et… On les retrouve, on les célèbre, on les écoute, on leur parle.
Cette reliance, ce lien profond et intime avec celui ou celle qui a quitté ce monde, c’est un élément phare de mon accompagnement. Loin de toute forme d’ésotérisme, il s’agit de se relier à la relation qui a été, au-delà des derniers temps de la vie de la personne décédée qui, souvent, laissent des traces souffrantes. Ensuite, de dévoiler ou de s’autoriser à accueillir ce lien qui reste, mouvant, émouvant et, bien souvent, structurant.
De mon côté, je poursuis mon chemin de retrouvailles avec les miens.
Je serai bientôt en Sicile, berceau de ma lignée paternelle. Dans la maison qui a accueilli l’arrivée dans ce monde de mon père. Un pas de plus sur ce chemin de reliance. Un pas irrépressible. Un appel auquel je réponds, le sourire aux lèvres.




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